Les champignons étant des organismes eucaryotes, la lutte contre leur prolifération est souvent délicate. Pourtant, la plupart des huiles essentielles efficaces contre les bactéries et les virus vont également présenter une activité antifungique. L’efficacité d’une huile essentielle contre un champignon se mesure par une valeur appelée MIC, qui correspond à la minimum inhibitory concentration, c’est-à-dire la concentration minimale en produit testé capable d’induire un ralentissement de la croissance du microorganisme. Il existe un autre paramètre, appelé MFC ou minimum fungacidal concentration, qui correspond à la MBC mesurée chez les bactéries.

Pour en savoir plus sur la MIC et la MBC, c’est ici !

Cibles des huiles essentielles sur les champignons (mycoses)

Les principaux composés ayant des propriétés antifongiques sont les monoterpénols, phénols et monoterpènes. Leur mode d’action est très varié, et englobe des cibles cellulaires diverses (Figure ci-dessous).

Mode d'action des huiles essentielles sur les champignons
Mode d’action des huiles essentielles sur les champignons

Comme pour la cellule bactérienne, les huiles essentielles vont agir sur les champignons (1) :

  • Par altération des enveloppes (membrane plasmique et paroi) : Les HE changent la fluidité des membranes qui deviennent anormalement perméables. Il en résulte une déplétion du cytoplasme en radicaux, cytochromes, ions Ca2+ et en protéines.
  • Par déplétion du stock d’ATP et des capacités à produire de l’énergie: En dépolarisant la membrane mitochondriale et en affectant le gradient d’ions H+ à l’origine de la production d’ATP, les huiles essentielles perturbent la production d’énergie par le champignon.
  • Par altération du cytoplasme et des organites qu’il contient  : L’exposition à des huiles essentielles modifie le profil des lipides et protéines présents dans le cytoplasme, ce qui perturbe le fonctionnement général de la cellule.

Les principales Huiles essentielles antifungiques

L’étude des MIC de nombreuses huiles essentielles montre une importante activité antifongique de celles qui contiennent des phénols, monoterpénols et aldéhydes (figure ci-dessous).

Triangle aromatique des molécules antifongiques
Triangle aromatique des molécules antifongiques

Il est important de noter que les valeurs communiquées dans le tableau ci-dessous sont très dépendantes de la méthode utilisée pour mesurer la MIC. Elles ont donc uniquement une valeur indicative du potentiel antifongique.

Pour comparaison, on estime qu’une molécule synthétique ayant une MIC supérieur à 5000 ppm présente une activité antifongique faible  (2).

Nom latinNom vernaculaireComposés majoritairesMIC sur Candida albicans (ppm)
Aniba roseadoraBois de RoseLinalol250
Citrus lemonCitron zesteLimonène2000
Coriandrum sativumCoriandreLinalol + géraniol250
Cymbopogon citratusCitronnelleCitronellal60
Cymbopogon martiniiPalmarosaGéraniol60
Eugenia caryophyllataClou de GirofleEugénol120
Lavandula angustifoliaLavande vraieLinalol + acétate de linalyl500
Melaleuca alternifoliaTea treeTerpinen-4-ol + terpinène50
Origanum vulgareOrigan compactCarvacrol120
Pinus sylvestrisPin sylvestrePinène2000
Salvia officinalisSauge officinaleThuyone500
Salvia sclareaSauge sclaréeAcétate de linalyl + linalol> 2000
Santalum albumBois de SantalSantalène et Santalol60
Thymus vulgarisThym vulgaireThymol120
Vetiveria zizanioidesVetiverVétivène et vétivénol120

Les composés organiques volatiles (COV) antifungiques

Le thymol et le carvacrol sont deux phénols isomères, qui présentent une forte activité antifungique. Cependant, leur dermocausticité limite leur utilisation par voie cutanée. Ils seront donc utilisés plutôt en voie orale (avec des gélules, pour éviter tout contact avec la muqueuse buccale). Ils agissent spécifiquement en altérant la fluidité de la membrane plasmique (par le biais d’une inhibition de la synthèse d’ergostérol) et en inhibant les mécanismes de production d’énergie par la cellule (3). Il semble qu’ils perturbent également la transcription de certains gènes chez la levure (4)

L’eugénol est pour sa part, connu pour être efficace aussi bien sur les levures (telles que Candida albicans) que sur les champignons filamenteux (Tricophyton rubrum et T. mentagrophytes, dermatophytes responsables des onychomycoses) (5). Il apparait qu’une utilisation orale en association avec du thymol régule très efficacement les populations de Candida albicans (4).

Des études ont également comparé l’efficacité de plusieurs COV issus d’huiles essentielles sur une dizaine de souches fungiques (6), et il ressort que le citronnellal et le géraniol sont les plus efficaces (parmi les COV testés), suivis du linalol.

En revanche, les monoterpènes (camphène, limonène, α-terpinène…) semblent présenter une MIC plus élevée, et donc exprimer une activité inhibitrice sur la croissance fungique plus faible (6).

Les HE ayant une forte activité antifungique : Comment lutter contre une mycose avec une HE.

Palmarosa et géranium rosat

Les HE riches en géraniol, comme le palmarosa (Cymbopogon martinii), ou le géranium rosat (Pelargonium Graveolens cv Egypte), montrent une forte activité sur les levures (7)  ainsi que sur les moisissures, comme les dermatophytes (8).

http://www.wikiphyto.org/wiki/Palmarosa

http://www.wikiphyto.org/wiki/Géranium_rosat

Chénopode

L’HE de chénopode (Chenopodium ambrosioides), surtout connue pour son action vermifuge et pour sa dangerosité en usage interne (elle est interdite à la vente au public), inhibe significativement la croissance des dermatophytes (8), isolément ou en synergie avec le palmarosa (MIC comprise entre 150 et 500 ppm), lorsque les HE sont appliquées par voie topique.

Thym à thymol

Le thym à thymol, la cannelle écorce, l’origan compact ou le clou de girofle sont efficaces pour lutter contre une prolifération fongique, mais leur dermocausticité nous impose de les utiliser en complément oral d’un traitement cutané, ou alors en application topique sous forte dilution (5% max, uniquement chez l’adulte et sur des zones corporelles adaptées, hors muqueuses). En ce qui concerne le clou de girofle, l’eugénol étant moins irritant pour la peau que les autres phénols, une utilisation topique peut s’envisager de façon plus courante.

Sauge officinale

La sauge officinale (Salvia officinalis, à ne pas confondre avec sa sœur la sauge sclarée) est riche en cétone, ce qui rend son usage délicat. Pour cette raison, sa vente est réservée aux professionnels. Cependant, la présence de thuyone confère à cette huile essentielle des actions antifongique et antiinflammatoire significatives (30). Attention toutefois, elle présente une action œstrogen-like qui rend son utilisation délicate.

http://www.wikiphyto.org/wiki/Sauge_officinale

Citronnelles et Eucalyptus citronné

Beaucoup de citronnelles (Cymbopogon nardus, C. flexosus), ainsi que l’Eucalyptus citronné (Eucalyptus citriodora) sont des HE particulièrement riches en citronnellal, qui présentent une forte activité antifongique, sur les levures mais surtout sur les dermatophytes.

http://www.wikiphyto.org/wiki/Citronnelle_des_Indes

Arbre à thé (tea tree, TT)

Enfin, l’incontournable tea tree (Melaleuca alternifolia, abrégé en TT) présente une MIC (comprise entre 60 et 800 ppm sur Candida albicans) et une MFC (comprise entre 120 et 1000 ppm) très basses, traduisant l’excellente efficacité du TT sur différents types de champignons. Ces résultats ont été confirmés par des études cliniques  (10).

On remarque également sur la figure ci-dessous que, comme pour les bactéries, la cinétique d’activité du TT est directement dépendante de sa concentration : plus celle-ci est élevée, plus l’activité fongicide est rapide.

http://www.wikiphyto.org/wiki/Arbre_à_thé

Cinétique de l'action du tea tree sur les champignons
Cinétique de l’action du tea tree sur les champignons
  1. Bakkali, F., Averbeck, S., Averbeck, D., & Idaomar, M. (2008). Biological effects of essential oils–a review. Food and chemical toxicology, 46(2), 446-475.
  2. Prasad, C. S., Shukla, R., Kumar, A., & Dubey, N. K. (2010). In vitro and in vivo antifungal activity of essential oils of Cymbopogon martini and Chenopodium ambrosioides and their synergism against dermatophytes. Mycoses, 53(2), 123-129.
  3. Chouhan, S., Sharma, K., & Guleria, S. (2017). Antimicrobial Activity of Some Essential Oils—Present Status and Future Perspectives. Medicines, 4(3), 58.
  4. Darvishi, E., Omidi, M., Bushehri, A. A., Golshani, A., & Smith, M. L. (2013). Thymol antifungal mode of action involves telomerase inhibition. Medical mycology, 51(8), 826-834.
  5. Gayoso, C. W., Lima, E. O., Oliveira, V. T., Pereira, F. O., Souza, E. L., Lima, I. O., & Navarro, D. F. (2005). Sensitivity of fungi isolated from onychomycosis to Eugenia cariophyllata essential oil and eugenol. Fitoterapia, 76(2), 247-249.
  6. Pattnaik, S., Subramanyam, V. R., Bapaji, M., & Kole, C. R. (1997). Antibacterial and antifungal activity of aromatic constituents of essential oils. Microbios, 89(358), 39-46.
  7. Prashar, A., Hili, P., Veness, R. G., & Evans, C. S. (2003). Antimicrobial action of palmarosa oil (Cymbopogon martinii) on Saccharomyces cerevisiae. Phytochemistry, 63(5), 569-575.
  8. Prasad, C. S., Shukla, R., Kumar, A., & Dubey, N. K. (2010). In vitro and in vivo antifungal activity of essential oils of Cymbopogon martini and Chenopodium ambrosioides and their synergism against dermatophytes. Mycoses, 53(2), 123-129.
  9. Abu-Darwish, M. S., Cabral, C., Ferreira, I. V., Gonçalves, M. J., Cavaleiro, C., Cruz, M. T., … & Salgueiro, L. (2013). Essential oil of common sage (Salvia officinalis L.) from Jordan: assessment of safety in mammalian cells and its antifungal and anti-inflammatory potential. BioMed research international.
  10. Carson, C. F., Hammer, K. A., & Riley, T. V. (2006). Melaleuca alternifolia (tea tree) oil: a review of antimicrobial and other medicinal properties. Clinical microbiology reviews, 19(1), 50-62.
Comment traiter efficacement les mycoses avec les huiles essentielles ?

2 avis sur « Comment traiter efficacement les mycoses avec les huiles essentielles ? »

  • 12/01/2020 à 08:30
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    Bonjour je viens de decouvrir votre site ,je trouve cela super interessant
    J utilise les huiles essentielles pour mes chevaux et moi
    Je me suis inscrite en vdi chez une marque HE pour proposer des HE a mes contacts ,car je n ai pas trouver de marques avec qui faire un partenariat
    J ai un statut association
    J ai une formation de base simple en aromatherapie
    Je suis dans le nord 59 lille,je souhaite proposer des ateliers pour les soins de base aux chevaux
    Ma question par rapport a votre article
    Que conseillez vous pour la fale de boue pour les chevaux
    En.preventif?
    Dans le cas de gale de boue avérée ?
    une synergie particuliere?
    Merci de votre reponse
    Cordialement
    Roselyne Herbage

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    • 12/01/2020 à 09:48
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      Bonjour Roselyne,
      en ce qui concerne les animaux, vous pourrez vous rapprocher de René Pierre Thibault, de chez Phyt’Osmose, qui vous conseillera de manière beaucoup plus pertinente.
      Aromatiquement.

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