Les huiles essentielles (HE) peuvent agir sur l’individu dans son ensemble. Elles peuvent constituer un traitement de terrain, c’est-à-dire qu’elles peuvent modifier la façon dont l’organisme réagit à son environnement.

Selon Lapraz (1), le terrain est « l’expression fonctionnelle de l’héritage génétique. C’est un jeu dynamique et continu entre les éléments structurels et fonctionnels du corps, les capacités de base et adaptatives et leurs fonctionnements, ainsi que les éléments inducteurs et réactifs contre les agressions internes et externes. »

Cette notion de terrain est très populaire chez les homéopathes : au lieu, comme en allopathie, de chercher à éradiquer une maladie infectieuse par une action directe sur l’agent pathogène (par une prise d’antibiotique), un homéopathe va chercher à modifier le terrain de l’individu de manière à rendre le développement de l’agent infectieux impossible (par un renforcement des défenses par exemple, ou par une modification de différents paramètres biologiques).

En aromathérapie, il est également possible de modifier le terrain d’un patient. Plusieurs approches sont utilisées pour l’influencer et ainsi revenir à un état de santé. Nous étudierons ici celle de Duraffourd et Lapraz, qui sont des médecins français ayant développé depuis plus de cinquante ans une approche médicale fondée sur une étude précise du terrain de chaque patient. Ils ont donné le nom d’endobiogénie à la discipline qu’ils ont créée.

Ils la définissent comme étant « l’étude intégrative des mécanismes structurels de régulation du corps humain lors de l’homéostasie tout comme lors de sa réponse fonctionnelle à des stress internes et externes, comme les infections pathogènes ou le stress émotionnel » (1).

Cette médecine place le patient au centre de la démarche thérapeutique, avec une évaluation clinique poussée. Celle-ci permet ensuite d’adapter les HE conseillées, conformément à la théorie endobiogénique.

Dans cette approche, trois axes principaux sont explorés :

  1. L’équilibre du système neuro-endocrinien.
  2. Le drainage des émonctoires.
  3. La modification du terrain en cas d’infections.

1. Equilibre du système neuro-endocrinien

L’endobiogénie stipule que l’homéostasie entre les différents systèmes de l’organisme nécessite un système régulateur unique, « capable d’assurer liaison, information et exécution » (66) entre les différents systèmes qui composent l’individu.

Le système neuro-endocrinien remplit cette fonction, et permet, par son ré-équilibrage, d’influencer de nombreux autres systèmes.

Les HE que l’on peut utiliser dans cette indication seront présentées dans le cadre de ces différents systèmes.

Précisons toutefois que la voie olfactive, en agissant directement sur la partie la plus primitive du système nerveux, est très indiquée lorsque l’on cherche à intervenir sur le terrain du patient. Elle amène directement les « informations » contenues dans les HE à notre inconscient, qui va intégrer ces données (figure 1).

Le trajet de l'information olfactive.
Figure 1 : Le trajet de l’information olfactive.

2. Drainage des émonctoires

Dans la théorie endobiogénique, les émonctoires regroupent tous les organes qui jouent un rôle dans l’excrétion. Lorsque des toxines sont présentes, soit issues du métabolisme cellulaire, soit absorbées par l’alimentation, les émonctoires se mettent en branle pour les éliminer. Ce concept, très populaire en naturopathie, n’est que rarement enseigné dans les universités médicales.

Définition

Il existe 5 émonctoires principaux :

  • Le foie : c’est le principal émonctoire. Il filtre, élimine et neutralise de nombreuses substances toxiques.
  • Les intestins : ils filtrent les substances qui vont se retrouver (ou non) dans le sang.
  • Les reins : ils filtrent les déchets solubles dans le sang, et les relarguent dans l’urine.
  • Les poumons : ils éliminent les déchets gazeux ou volatils produits par le métabolisme cellulaire, comme certains acides.
  • La peau : c’est un émonctoire très volumineux, puisque la peau est le plus gros organe du corps. Elle permet d’éliminer de nombreux déchets par l’intermédiaire de la sueur et du sébum.

A ces 5 émonctoires principaux et traditionnellement admis en naturopathie, Duraffourd et Lapraz ajoutent également la vésicule biliaire et le pancréas, ainsi que les vaisseaux lymphatiques (qui jouent un rôle dans le drainage des toxines produites par les cellules).

HE et drainage des émonctoires dans la théorie endobiogénique

Certaines HE peuvent stimuler les différents émonctoires, et ainsi influencer le terrain du patient. La Figure 2 présente celles retenues par Lapraz.

Emonctoires et HE selon la théorie endobiogénique (3).
Figure 2 : Emonctoires et HE selon la théorie endobiogénique (d’après 1).

Ces HE pourront être intégrées dans une synergie, en complément d’autres HE qui traitent les symptômes du patient, en lien avec le motif de consultation.

3. Modification du terrain en cas d’infection

Selon Duraffourd et Lapraz, la prise d’HE par une voie quelconque, ne permet jamais d’atteindre la MIC correspondante au germe responsable de l’infection. Cela signifie concrètement que la concentration de l’HE dans l’organisme n’est pas suffisante pour présenter un effet bactéricide direct.

Ainsi, ils remettent en cause le fait qu’une HE puisse avoir une action anti-infectieuse par action directe sur un germe pathogène.

En revanche, ils expliquent l’efficacité des HE dans les traitements anti-infectieux par la modification du terrain induite par les HE, amenant à un ralentissement de la croissance des microorganismes, puis à une guérison.

Cette modification peut s’effectuer, selon eux, par immunomodulation, par drainage ou par modulation de l’activité neuroendocrine (1).

Ils ont remarqué que, très souvent, les composés isolés des HE sont moins efficaces contre les germes pathogènes que le totum de l’HE. Par exemple, le géraniol isolé est moins efficace contre la bactérie E. coli que l’HE de thym vulgaire à géraniol.

Zoom sur…

Endobiogénie et chémotype

Nous avons déjà insisté sur cette notion de synergie entre les COV d’une HE pour expliquer l’efficacité des HE dans les traitements antiinfectieux. Les auteurs mettent en garde contre cette tendance à vouloir conseiller une HE uniquement sur la base des molécules qu’elle contient, ce qu’ils qualifient péjorativement d’ « aromachimie ».

Ils remettent donc en cause l’importance du chémotype dans le choix de l’HE : « Quand on traite des patients par voie interne et en considérant le terrain, le chémotype particulier de l’huile essentielle n’est pas aussi important que le fait d’accorder les effets globaux des huiles essentielles à ce patient particulier » (1).

Il existe de nombreuses autres approches pour agir sur le terrain des individus. D’autres articles approfondiront bientôt certaines d’entres elles !

Référence :

Lapraz, J.-C., Kamyar, M. H., Kenner, D. Endobiogénie et aromathérapie. International Journal of Professional Holistic Aromatherapy. 2013, Vol. 2, 1.

Pour en savoir plus : https://www.simepi.info/

Adaptez vos huiles essentielles à votre « terrain » !

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